Histoire

Cimetière, manufacture de plomberie, cabaret puis théâtre, le 10 rue Pierre Fontaine est le témoin d’un passé qui illustre parfaitement la vie nocturne parisienne depuis le début du 20e siècle ! Y ont défilé plusieurs générations d’artistes : de Django Reinhart aux Inconnus, en passant par Louis de Funès, Patachou et Gérard Jugnot. Retour sur l’histoire d’un lieu mythique de la comédie parisienne.

Si l’adresse accueille aujourd’hui un théâtre, le 10 rue Pierre Fontaine n’a pas toujours fait rire ses visiteurs. Et pour cause : avant le 20e siècle, l’emplacement est celui d’un…cimetière ! On y construit ensuite une manufacture de plomberie et ce n’est que dans les années 1930 que l’adresse endosse la fonction qu’elle occupe encore aujourd’hui : celle de lieu de divertissement. Et pas des moindres ! C’est Léon Volterra, directeur du théâtre de Paris, du théâtre Marigny, du Lido et du Casino de Paris qui y monte alors un cabaret, d’abord connu pour le nom d’El Garron, qui devient rapidement la célèbre Boîte à Matelots.

Un lieu de mauvaise vie et de contrebande ?
Nommée en référence directe aux bars à la réputation douteuse que fréquentent alors les marins dans les ports, la Boîte à Matelots accueille des artistes de passage et notamment les frères Joseph et Django Reinhart, jazzmen de renom et inventeurs du jazz manouche. Devenu le 19 décembre 1933 Le Chantilly, un cabaret d’envergure concurrent direct du Lido, le lieu est fréquenté pendant la guerre par les soldats allemands et devient un lieu de rendez-vous régulier de la Gestapo. On y accueille alors deux orchestres où se produisent des artistes comme Rose Carday, une chanteuse d’opérette et actrice française, connue pour ses rôles dans des opéras bouffe. Fait notable : à cette époque, ce n’est pas tant la production artistique qui fait la fortune des propriétaires que le marché noir : le Chantilly est bien connu de ceux qui ont les moyens d’acheter sous le manteau un jambon de contrebande qui s’y vend à prix d’or.

La création du théâtre
À la Libération, alors que les propriétaires quittent la France par peur des représailles, le Chantilly devient la propriété de l’État avant d’être converti en remise par le chapelier à qui il a été vendu. Alors que le rideau est tiré, le lieu est repris en 1951 par André Puglia, jeune directeur de radio qui en fait une salle de spectacle de 400 places. Le théâtre est inauguré avec Popocatelplet, fantaisie volcanique, un spectacle musical aussi loufoque que son nom dans lequel se produisent quelques grands noms de la comédie : le chansonnier Raymond Souplex, le jeune Louis de Funès, Jean Richard, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. Le succès est tel qu’il pousse André Puglia à fermer le théâtre plusieurs semaines pour y réaliser des travaux d’aménagement qui permettront à sa réouverture d’accueillir 630 personnes.

L’aventure Sacré Léonard
Après 500 représentations d’un nouveau succès (Gog et Magog) André Puglia débauche un duo de choc en Jean Poiret et Michel Serraut, connus plus tard pour La Cage aux folles et qui créent Sacré Léonard, une pièce à sketches tellement inspirée qu’il faut la couper pour qu’elle ne dépasse pas les 3h30. Elle raconte l’histoire d’un directeur de théâtre qui rassemble sa troupe pour lui annoncer que sa pièce ne fonctionne pas et qu’il faut tout abandonner pour convertir le théâtre en garage. Amusant quand on sait que c’est déjà ce qui est arrivé au théâtre après la guerre ! La petite histoire raconte même que les deux compères partageaient l’affiche avec une chèvre à qui il arriva un jour de se soulager malencontreusement sur scène et qu’une spectatrice insista après la représentation auprès de Jean Poiret pour savoir comment il avait pu dresser l’animal à répéter le même tour tous les soirs !

Aujourd’hui un haut lieu de la comédie parisienne
En 1971, c’est la chanteuse Patachou qui prend la suite d’André Puglia à la tête du théâtre. Après son premier spectacle, Le Roi des cons de Wolinski, elle renoue avec la musique en réalisant une mise en scène de l’opéra-comique Orphée d’Offenbach.
À sa suite, Marie-Claire Valène devient directrice et reprend Le Clan des veuves de Ginette Garcin en 1990 qui rencontre un grand succès. En 1987, c’est au tour de Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus de fouler les planches du théâtre avec Au secours…tout va bien ! un recueil de sketches parmi lesquels La ZUP, L’ANPE ou encore Les Pétasses. Après François Chantenay puis Dominique Deschamps, c’est aujourd’hui Pascal Legros qui dirige le théâtre Fontaine et a pour ambition de proposer au public des comédies contemporaines toujours plus drôles et réjouissantes !